" On a en a assez que la ville soit dirigée par 60 personnes qui décident de tout sans écouter les autres !" il a dit l'autre, sur un ton indigné, bien sûr.
Les 60 : il veut dire par là que ce sont les 59 membres du Conseil Municipal = leur maire et qui, aveugles et sourds, dans leur tour d'ivoire - ou de ne rien y voir - détiennent la Vérité, tels des tyrans autocratiques et solitaires.
L'autre, qui dit ça tout de go, il a pas dû aller sur le terrain, dans son quartier ou ailleurs. IL ne devait pas venir bien souvent aux réunions et il y en a eu un sacré paquet, je peux vous le dire, rien que pour mon quartier : j'y étais, c'est dire !
Et je peux vous dire, mes belous, qu'il en faut de la patience et de la disponibilité pour expliquer aux habitants ce qui va être fait, comment on va s'y prendre. Et que tout ça, ce long et patient travail d'information, de communication, de concertation, eh ben il a été fait. Je dis pas ça pour défendre un tel ou une telle. Ce qu'on appelle la Politique de la Ville, qui, a été commencée sous les socialos sous Bartolone et qui s'est continué, comme si de rien n'était, sous Borloo, tout le monde sait pour l'avoir vécu que les habitants des quartiers concernés y ont été associés. Pour de vrai. Et, dans l'ensemble, malgré quelques bémols, ils ont plutôt bien apprécié.
Car ils ont tout de même du bon sens, quoi qu'on dise, les vraies gens. Et ils savent faire la part des choses. Et je peux témoigner aussi qu'ils ont été écoutés dans toutes les réunions publiques et ailleurs.
Bien sûr, après, une fois tous les éléments rassemblés, et après avoir écouté les points de vue des unes et des autres, il a fallu trancher, prendre des décisions. En faisant bien gaffe de ne pas sacrifier l'intérêt général de tous à l'intérêt de quelques particuliers ou de tel groupe de pression ou d'opinion. Et ça, c'est ça pas le plus facile à gérer, je vous assure. Comme on dit : chacun voit midi à sa porte.
Il a donc bien fallu accorder les pendules, histoire qu'il n'y ait pas de décalage horaire - horreur - et trouver une heure au cadran des projets qui soit à peu près la même pour tout le monde.
Après... après, il faut monter les dossiers techniques, demander des financements, faire des études, puis des travaux. Réajuster si nécessaire. Et tout ça, à chaque étape, ça prend du temps, bien évidemment.
Et sur le terrain, dans le quartier, ça s'impatiente. " Mais qu'est-ce qu'ils foutent ? Pour quoi ça va pas plus vite ? " Toujours le même dilemme : si tu fais tout de suite, tu te prends dans les dents que t'aurais pu demander leur avis aux gens avant de faire. Et si tu prends le temps de demander, tu te prends un rateau comme quoi dans les bureaux ils sont pas pressés.
Le temps de l'administration n'est pas toujours celui du citoyen.

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