" Tiens, te voilà revenu... je pensais pas que tu serais là aujourd'hui ! "
Par ces mots de "bienvenue", je fus accueilli dans la manif de ce matin qui allait de l'Inspection Académique à la Préfecture. Une autre manif. Une de plus.
Mais les moyens de faire autrement ?
Manifester son mécontentement - voire son inquiétude ou sa désapprobation - avec les pieds. Autre moyen encore toléré et démocratique de dire et de gueuler haut et fort qu'on n'est " pas tout à fait d'accord " avec les orientations budgétaires actuelles ... qui sont en fait des choix politiques stratégiques qui engagent tout l'avenir du système scolaire français pour les années à venir. Et puis, c'est un moyen écolo, puisque non polluant et surtout pas violent, de dire ce qu'on pense de ce gouvernement, en dehors des urnes.
Ces quelques mots de "bienvenue", donc, en disaient plus long qu'un long discours. Ils disaient, en condensé :" Mais qu'est -ce que tu es allé foutre sur la liste à Thiollière ? Tu savais pourtant bien que c'était pas ton monde ? Que tu n'avais rien à faire avec des gens comme ça ? Que ta seule et vraie famille c'est ici, parmi nous et nulle part ailleurs ? Que tu y as laissé des plumes et une partie de ton âme ? Qu'il y a des tas de gens qui ont pas compris ce que tu es allé foutre de l'autre côté ???? "
Je pourrais multiplier à l'envi les points d'interrogation et même d'exclamation.
Franchement, et ce n'est pas une posture, je ne regrette RIEN. C'était un choix perso et un engagement perso. J'y peux rien : je suis un putain de franco-rital orgueilleux qui assume ses choix jusqu' au bout...y compris les pires. J'en ai pris plein la gueule... et des deux côtés, si vous voulez savoir. Je m' y attendais un peu. D'après certains, ce ne serait pas fini et "on" n'était pas prêt de me pardonner mon excursion plutôt droitière. Voire... J'attends et je les attends. Toujours ce putain d'orgueil. Et les bollocks. Merde !
OK.
Je peux comprendre tout ça. Je ne veux pas m'étendre ni m'épancher sur mes états d'âme. Encore moins tomber dans une pitoyable et nulle justification. I tried and I did it.
J'ai terni mon image. Certes. C'est ce que certains me disent. Ils n'ont pas tort. J'avais mes raisons. Je me suis planté. Je revendique ce droit -là : à se planter. A aller voir ailleurs tout en sachant que...
Je reviens donc - en fait je n'en suis jamais parti, si on réfléchit bien - dans le rang des manifestants. Manifestement ... c'est là où je me sens le mieux. Comme je le dis depuis toujours, les puissants et les riches n'ont pas besoin qu'on manifeste ou qu'on les aide.
Les autres, tous les autres, si. Ils ont besoin qu'on soit là, qu'on soit exigeant : qu'on demande une école de qualité, des services publics de qualité. Que tout ça soit gratuit et proposé à tous.
Sinon, bordel, à quoi graver partout - y compris dans notre Constitution - " Liberté Egalité Fraternité" ?
Si c'est pas pour l'appliquer dans la vie de tous les jours ? Si c'est juste pour le dire et pas le faire ? A quoi bon les grands principes si c'est dans le vent ?
A quoi bon annoncer le respect si je te traite après de " fils de pute " ou si je te dis " casse-toi sale con " dès que je suis contrarié ?
A quoi bon claironner que tout le monde a droit à l'instruction, au savoir et à l'éducation si c'est pour ensuite réduire les budgets, supprimer des postes à tour de bras ? En sachant très bien que des moyens en moins, c'est TOUJOURS des moyens en moins pour l'accès de tous, sans discernement aucun, au savoir et à la culture ? Et que sans ça, t'es ensuite mal barré dans la vie ?
Pourquoi la rigueur et les économies toujours pour les mêmes ? Connerie de discours à la con !
Supprimons les 4x4, les déductions fiscales, les vacances au Club Med et les Stock-options d'abord. Qu'ils donnent d'abord l'exemple, ceux qui ont " un peu plus " que 1000 euros par mois - et par personne - pour vivre. Que savent-ils de tous ceux qui ne sont pas dans la vie mais dans la survie ?
Certes, mon discours est radical. Mais la misère l'est aussi, en ce début de XXIe siècle, où ce mot lui-même ne devrait plus exister dans un pays aussi prospère et riche - et démocratiquement égalitaire - que le nôtre.
Mettons, déjà, un peu plus d'égalité. Ajoutons-y un chouïa de Fraternité : ça ne peut que faire du bien, en ces temps tout de même inhumains pour les humains d'ici et d'ailleurs. Quant à la liberté, on a vite compris que c'était la liberté de faire du blé - y compris avec le blé, d'ailleurs - et la liberté de faire et de dire tout et n'importe quoi. Y compris jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. Ce qui ferait dire que la République est dans un " drôle d'Etat". Baste !
Eradiquons la misère chez nous d'abord. Misère économique. Misère sociale. Et misère morale. Tout en aidant les autres ailleurs, en Afrique ou au Tibet. L'Humanité n'est qu'un seul pays, si on y pense vraiment.
On verra après, pour le reste.
