dimanche 24 février 2008

Déjà dimanche et J-15


C'est bien toujours le dossard 39 qui vous parle en direct depuis la route du Tour des élections municipales. Il est toujours dans le peloton toujours groupé pour l'instant. Le dos nettement moins cassé. Et il en profite pour tomber encore deux dents - pas les siennes mais celles du pignon arrière - et remettre quelques coups de pédale. 

Là, ça commence à grimper : normal, on attaque la montagne et les premiers virages - il en reste 14 en fait vu que le 9 mars, on pourra plus aller alpaguer l'électeur vu qu'on sera derrière les boîtes en verre ousque les petites enveloppes des électeurs qu'on a essayé de convaincre de voter pour nos zigues vont gentiment s'entasser tout au long de la journée qui sera du coup bien longue pour nous. Journée d'attente. 

Mais, mes belous, on en est pas encore là, beausseigne, ça risque pas. Rien que pour aujourd'hui, j'ai dû cavaler encore comme un dératelé le matin pour aller barjaquer devant une caméra que je ne connaissais même pas. Je devais parler à chaque fois en 30 secondes chrono de la nouvelle ligne de tram, des correspondances bus-tram et enfin du plan de circulation à améliorer. Même si tu connais pas trop mal le sujet, essaie pour voir de résumer ça en 30 secondes ! 

Ils sont marrants - enfin, pas trop - les communicants et un peu tous les mêmes : il faut tâcher moyen de dire le plus de choses possibles en moins de temps possible. Et tout ça en étant direct, clair, précis, positif, convaincant, percutant j'en passe et des meilleures. Toutes qualités que je n'ai point, bien évidemment. Moi, quand je parle, je fais plutôt dans le long, le digressif, les chemins de travers, les apartés, la diagonale du fou, les confidences des fois perso, le bavard. Bref, tout ce qu'il faut pas faire quand tu as que 30 petites malheureuses secondes de rien du tout pour dire la quintessence du résumé de l'essentiel de ce qu'il faut dire. 

Donc, je pense que j'ai pas été bon ... disons-le : j'ai été carrément  mauvais. C'est foutu râpé : je vais encore rater le César du meilleur rôle de candidat co-listier. Trop amateur, tout sauf pro : ce genre de trip, ça s'improvise pas. Et je suis tout sauf un pro de la politique. Autrement, ça se saurait. 

Le deuxième court métrage fut, à mon sens, bien meilleur : j'ai pris la parole devant des responsables d'association. Et là, vu que j'ai passé pas mal d'années de ma vie dans les quartiers et dans des dizaines de réunion, je sais un peu comment ça marche. 

Et dans cette ville, il y a tout plein d'assos - pratiquement un millier, il paraît, c'est fou ! Avec tout plein de bénévoles et de gens dévoués comme c'est pas possible. Et ça aussi, ça marche plutôt bien. Même si je n'y ai pas participé directement vu que j'étais pas élu, et pour cause, mais bien de l'autre côté de la barrière, c'est tout de même bien réconfortant d'entendre tous ces gens être plutôt satisfaits et surtout, surtout, remercier pour ce que la ville a fait pour eux. 

Et, entre nous, des gens qui vous disent merci je sais pas vous mais moi j'en rencontre de moins en moins. Je ne parle pas de ces élections : vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu'on peut se prendre dans la tronche parce qu'on a eu l'idée de se lancer et de se dire : tiens, si je participais un peu plus activement  à la vie de ma ville et que je m'implique, peut-être qui sait, comme futur élu au service de mes concitoyens. Des fois, ce dernier mot, on aurait envie de l'écrire en deux mots tellement il y en a qui sont si peu reconnaissants, voire carrément ingrats ou pire carrément agressifs comme si on leur avait piqué l'os qu'ils étaient en train de ronger ou je sais pas quoi ! Mais bon, j'ai un peu l'impression que si tu veux aimer le genre humain, c'est pas dans la politique qu'il faut aller... Hum ! 

Puis après, pour pas être en reste, j'ai filé à la sacro-sainte réunion hebdomadaire à la permanence. Presque un rituel sacré. Tout le monde, ou presque,  se retrouve là : ça bourdonne comme dans une ruche et chacun fait son miel de ce qu'il a vécu ou entendu pendant la semaine écoulée. Puis le maillot jaune prend la parole, fait le bilan hebdo, nous redemande d''accentuer encore l'effort et ... d'accélérer le mouvement. En gros, ça veut dire que tu chopes les cocottes et que tu commences à te mettre en danseuse : il va falloir appuyer sec sur les manivelles pour toute la semaine ! La plaine est un lointain souvenir, maintenant. On attaque du raide, du dur, du costaud. Au moins du 10 à 12 %, et sans replat. Un peu l'Izoard, mais côté Briançon. Les connaisseurs apprécieront. 

Et là, à l'heure tardive où je vous parle, je suis pas si mal que ça finalement : je suis allé écouter en soirée un orchestre israélien de jeunes musiciens de 14 à 18 ans ; pour la plupart, sûrement, de futurs grands talents. Vous avez pas idée comme ça fait du bien après une semaine comme celle-ci d'entendre du Fauré, du Mendhelson ou du Beethoven. Cette musique-là, ça vous renettoie les cages à miel, comme dirait l'ami Pierre Perret avec son langage imagé. C'est un peu comme le rire de la veille au Festival des Arts Burlesques de Beaulieu  : ça vous remet dans l'harmonie des choses, dans la beauté pure, dans de l'émotion et de la sensation d'exister vraiment. 

Là, sorry, mes petits yeux clignotent et font mine de fermer les rideaux. 

Alors, rideau ! Buenas noches, caballeros y senoritas ! 


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