Aujourd'hui dimanche, jour de repos et des enfants, c'est le moment du conte-fable : un genre littéraire un peu particulier dans lequel les animaux ont remplacé les humains. Conte allégorique, comme toutes les histoires imaginaires. Bien entendu, toute ressemblance etc...etc...
" C'est l'histoire d'un roi-lion. Il a régné jusqu'ici sans partage sur tout son territoire. Sa crinière en est même devenue blanche. Quand il arriva alors sur le trône, il reçut pour tout héritage un royaume complètement dévasté. A force d'obstination et de courage, il en fit ce qu'il est devenu aujourd'hui : un territoire enfin prospère où le sol est à nouveau fertile, sur lequel les arbres sont réapparus, où l'herbe est redevenue enfin verte, où l'on y voit même des arcs-en-ciel, un azur enfin plus clair et un horizon plus dégagé.
Un des jeunes lionceaux de sa Cour, le nommé Skar, suivait ses traces pas à pas et comptait parmi ses sujets les plus dévoués, arpentant sans relâche la savane pour le compte de son seigneur et maître, sans jamais trahir ni manifester en aucune mesure son mécontentement ou son désaccord. Le gibier ne manquait point et nombreuses étaient alors les prises. Pour prix de ses traques fructueuses, le valeureux Skar se vit même gratifié d'une crinière d'honneur et d'un siège à la droite de son léonin suzerain. Tout allait alors pour le mieux dans le meilleur des royaume possibles.
Mais les éléments et les événements furent soudain contraires : une mauvaise chasse de laquelle le malheureux Skar revint bredouille et au cours de laquelle il perdit la plupart de ses jeunes crocs, quelques griffes et presque toute la fourrure de sa nouvelle crinière. La rancoeur et le dépit, comme on sait mauvais conseillers, noircirent alors son son noble et jeune coeur pourtant généreux. Lui jusqu'ici infatigable et soumis serviteur se mit à ruminer une sombre et sourde vengeance.
Dès lors, le pauvre Skar ne rêve plus que de revanche et de crinière reconquise, de griffes et de crocs retrouvés. Chacals et hyènes, accourus pour lors de tout le royaume et pour certains sujets de l'ancienne Cour, ont rallié sa troupe de bric et de broc. Grand et très aiguisé est leur appétit.
Skar repart donc en chasse, arpentant sans relâche savane et forêt, rivières et lacs, petites sentes obscures et grandes pistes cendrées. Il promet à qui veut bien veut bien prêter une oreille complaisante maintes généreuses promesses, de nouvelles proies jusqu'ici inaccessibles, enfin de merveilleux territoires de pâturages verdoyants ou de chasses hypothétiques.
Tantôt il ronronne, fait pattes de velours et revêt la peau du félin bonhomme et tranquille ; tantôt il rugit, ici et là, dispensant force coups des quelques griffes qui lui restent encore, à l'encontre de son ancien seigneur et maître, sans reconnaissance aucune, comme il siérait, pour ce dernier. Comme toujours dans ce cas, on le sait hélas depuis toujours, la reconnaissance n'est pas la première des qualités dans les règles impitoyables et sans merci du règne animal.
Le roi-lion le ménage encore pour l'heure, feignant de l'ignorer, détournant son auguste et noble crinière lorsque leurs parcours de chasse viennent à se croiser. Mais ils se croiseront, inévitablement. Jusqu'à l'affrontement sanglant, redoutable et redouté, prévisible et fatal.
Pour lequel des deux ? A moins qu'un troisième larron, depuis toujours à l'affût, ne vienne par surprise et dans les derniers instants ravir la place et les proies tant convoitées ..."
Il est comme cela des histoires terribles de vengeance et de mort, de trahison et de revanche, dans le royaume animal et que se racontent en frissonnant les tribus rassemblées à la veillée sous le banian plusieurs fois centenaire. Des histoires qui ne sont, certes, que des histoires.
Mais qui ressemblent pourtant, à s'y méprendre, à la vraie vie d'ici bas.



