Journée classique un peu plus calme : j'aime bien, ça aussi.
Donc le matin, tractage sur le marché de Montplaisir le matin - rien qu'à le dire...ça fait plaisir, non ?
Au début, ça me plaisait pas trop, cette histoire de donner des papiers aux gens dans la rue, comme ça, sans les connaître. Et puis, au fil des marchés, j'ai découvert que, au fond, c'était un excellent exercice de démocratie en direct ... que je recommanderais à toutes celles et ceux qui veulent se présenter devant les électeurs.
Car, lorsque vous tendez votre petit papier, quel qu'il soit, vous voyez tout de suite la réaction des citoyens : ce ne sont en effet plus des gens ordinaires que vous avez en face de vous mais bien des citoyens. Habitants d'une cité à qui vous proposez un programme, un projet, des engagements pour LEUR ville.
Et les citoyens, ils vous en disent, des choses, là, sur le trottoir, dans la rue. Vous les écoutez. Des fois, si nécessaire, vous prenez des notes sur un petit calepin. Et des échanges, des dialogues s'engagent, impromptus, à chaud, qui concernent à 98 % des cas de leur quotidien.
Et c'est alors bigrement important, ce qu'ils vous disent, parce que ça les concerne vraiment, ça les touche tous les jours.
Et là, il ne s'agit pas de faire semblant : on ne "vend " plus tel ou tel candidat. On écoute, on écoute et on écoute. La première des qualités d'un politique ? savoir écouter. Toujours.
Quel qu'il soit, quoi qu'il pense, quelle que soit la citoyenne ou le citoyen qu'il a en face de lui. Et il n'y a pas en face de vous un homme ou une femme, jeune ou vieux, opposant ou sympathisant, originaire de Pétaouchnok ou de Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmitte. Il y a un citoyen qui se dit, à juste titre d'ailleurs " Tiens, c'est les élections. On va bientôt aller voter. J'ai des choses importantes à dire sur mon quartier. Il y a ça ou ça que j'ai remarqué et qui ne va pas. Sautons sur l'occasion à pieds joints. "
Et il ne se gêne pas, le citoyen. Il y va franco. Et elle a bien raison, la citoyenne. Bien sûr, il y a, tout au long de l'année, d'autres lieux et d'autres moments pour s'exprimer et participer - comme les Conseils de Quartiers ou les Comités de Quartiers, entre autres ( bien qu'il n'y ait pas que ça, fort heureusement : rien n'est magique et automatique, ça serait trop simple dans ce monde complexe.)
Je dis toujours : la démocratie, c'est la plus merveilleuse et la plus emmerdante des façons de gouverner. Car c'est vrai que dans les dictatures - et il y en un sacré paquet de par ce monde - c'est plus aisé et plus simple : je prends le pouvoir - très souvent par la force - je gouverne, tu obéis, tu fermes ta gueule et circulez y a rien à voir. Mais... Il n'y a jamais de mais dans une dictature. Juste des prisons bien remplies, beaucoup beaucoup de policiers et autres services redoutables de surveillance du " citoyen" - l'est-il encore, d'ailleurs, "citoyen "? - et bien sûr une grosse armée bien costaude au service du pouvoir. Tous les dictateurs ont une armée très puissante, vous aurez remarqué ?
Et puis, discuter sur un marché, quoi de plus naturel ? Il y a toujours des petits groupes, de 2, de 3 ou plus, c'est selon, entre les étals ; de gens qui discutent. De tout et de rien. De la mamie qui va pas trop bien avec son arthrose que ça la fait souffrir la pauvre, du petit dernier qui commence tout juste à marcher, du plus grand qui réussit bien dans ses études ou de l'autre qui a des soucis pour s'orienter elle cherche mais c'est pas facile de trouver quelque chose de nos jours. On y parle aussi et beaucoup du temps qu'il fait, du temps qu'il a fait et du temps qu'il va faire. Et puis du temps qui passe, aussi. Conversations à la fois dérisoires et essentielles. La vraie vie, vraie de vraie. La vie des gens.
Et, croyez moi ou non, avec la politique, surtout municipale, locale, au ras du citoyen : la vie des gens, on y en plein dedans.

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